Les pollinisateurs, un enjeu régional

Par une belle journée ensoleillée, qui n’a pas contemplé le ballet incessant d’insectes volant de fleur en fleur ? Attirés par la forme, la couleur et l’odeur des fleurs, ils papillonnent, ils bourdonnent, ils s’activent…et assurent une mission de la plus haute importance, la pollinisation !

Une diversité de pollinisateurs

Il serait difficile de citer tous les pollinisateurs tant ils sont nombreux et différents. Leur point commun c’est d’avoir besoin des fleurs pour se nourrir et des espaces naturels pour se loger et se déplacer. Les pollinisateurs les plus efficaces sont les mouches (diptères), les guêpes et les abeilles, les scarabées (coléoptères) et les papillons (lépidoptères).

Mais on peut également trouver sur les fleurs d’autres animaux : des punaises, des araignées….

Combien y a t’il d’espèces de pollinisateurs ?

Il n’est pas facile de répondre à cette question parce que toutes les espèces ne sont pas pollinisatrices mais en France métropolitaine on sait déjà qu’il y a :

  • 10 891 espèces de coléoptères
  • 5 551 espèces de papillons
  • 1 709 espèces d’araignées
  • 1 000 espèces d’abeilles

(100 chiffres expliqués sur les espèces, INPN-ONB, juillet 2020)

C’est quoi la pollinisation ?

La pollinisation c’est le processus de reproduction des fleurs : le transport d’un grain de pollen d’une étamine à un pistil qui assure la formation des fruits et des graines. Le vent et l’eau participe à la pollinisation mais les insectes sont les meilleurs pour cette mission !

Un enjeu écologique

La pollinisation permet un brassage génétique et évite la consanguinité des plantes. Dans un contexte de changement climatique, la pollinisation par les insectes permet aux plantes de s’adapter à de nouvelles conditions.

Près de 90 % des espèces de plantes dépendent dans le monde, au moins en partie, du travail des pollinisateurs (site MTES). Leur nombre et leur diversité influent ainsi sur la composition et la pérennité des communautés végétales.

Un enjeu économique

Au niveau mondial, les pollinisateurs participent à la reproduction de plus de 87% des plantes sauvages et plus de 75% des plantes cultivées. Ils assurent ainsi un service écologique majeur pour l’agriculture. Par exemple, un rendement supérieur de 24 % est constaté lorsqu’il y a beaucoup de pollinisateurs (Garibaldi et al. 2016).

Ce service écologique gratuit est estimé :

  • de 200 à 400 milliards d’euros sur la planète (rapport IPBES-service de pollinisation, 2016) soit 5 à 8% de la valeur de la production alimentaire mondiale,
  • à 14.2 milliards d’euros pour l’Europe et à plus de 1.5 milliards d’euros en France (N Gallai, 2009, INRA/ENSAM).

 Photo © Morgane Folschweiller 

Des espèces en danger…

Depuis plusieurs années, le déclin constaté de la biodiversité touche toutes les espèces dont les pollinisateurs qui voient leur nombre chuter de façon inquiétante un peu partout en dans le monde et en Europe.

Abeille domestique, une concurrence pour les abeilles sauvages ?

Les pollinisateurs sauvages sont confrontés à un manque de ressources alimentaires et se retrouvent donc en concurrence avec les abeilles domestiques (y compris en milieu urbain ou l’artificialisation augmente et ou les ruchers se développent de plus en plus). En Grand Est on dénombre plus de 170 000 ruchers (apiculture professionnelle ou de loisir) d’abeille domestique, véritable alliée de l’homme tant pour la production de miel que pour le rôle qu’elle joue dans le service de pollinisation (ADA Grand Est, 2020).

Quelques exemples :

  • entre 1 à 2 % de disparition d’insectes chaque année au niveau mondial (Plan National Pollinsiateurs – fev. 2021),
  • chute de 76 % de la biomasse des insectes volants en 30 ans en Allemagne (PLOS ONE – 2017),
  • déclin de 53 % des plantes liées aux insectes (Programme Vigie-Flore),
  • augmentation du taux de mortalité dans les colonies d’abeilles domestiques en France : prés de 30% des ruchers ne survivent pas à l’hiver (Association pour le Développement de l’Apiculture Grand Est, 2020).

Ce déclin pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les écosystèmes et l’agriculture : perturbation de la chaine alimentaire, disparition d’espèces animales, diminution de la reproduction des plantes à fleurs et des cultures (fruits, légumes…).

Les menaces qui pèsent sur ces espèces sont multiples et font disparaitre à la fois les lieux de vie et la ressource alimentaire des pollinisateurs :

  • fragmentations et destruction des habitats,
  • changement de l’utilisation des sol,
  • uniformisation des paysages,
  • introduction d’espèces invasives,
  • changements climatiques globaux,
  • uniformisation et intensification des pratiques agricoles, sylvicoles et de jardinage (pesticides…).

 

Cadre national

Les Plans Nationaux d’Actions mis en place en application de la Stratégie Nationale Biodiversité visent à définir les actions nécessaires à la conservation et à la restauration des espèces les plus menacées.

Le plan « France Terre de Pollinisateurs » s’intéresse au « service global de la pollinisation ». Il vise à mobiliser les acteurs dans un objectif d’enrayer le déclin des pollinisateurs et de maintenir les populations en préservant / restaurant leurs habitats et leurs conditions de développement, ainsi qu’en améliorant les ressources florales, bases de leur alimentation, en qualité, quantité et diversité.

Tout le monde peut agir…

Pour contribuer à la sauvegarde des pollinisateurs agriculteurs, collectivités, citoyens peuvent mettre en œuvre des solutions fondées sur la nature (même en milieu urbain) qui permettent de leur apporter une alimentation variée et de qualité :

  • desartificialiser et renaturer les milieux en plantant des essences locales indigène (fleurissement étalé dans la saison),
  • planter des haies champêtres et les gérer durablement,
  • retarder, décaler et limiter le nombre et la hauteur des fauches,
  • laisser des zones en jachère et en libre évolution.

 

 

 

 

 

Photo © Morgane Folschweiller

D’autres actions permettent aux pollinisateurs de trouver des zones de refuge et de nidification :

  • laisser des bois morts, des vieux arbres, des tas de sable, de pierre,
  • restaurer les mares et les zones humides.

Enfin,  pour permettre la circulation des espèces et leur permettre d’assurer leur cycle de vie il faut (re)connecter les espaces entre eux en reconstituant le maillage écologique (Trame Verte et Bleue).

Une stratégie Régionale

En Grand Est, les acteurs régionaux ont réalisé une déclinaison Grand Est du Plan National d’Actions Pollinisateurs.

Les actions menées pour la sauvegarde des pollinisateurs s’inscrivent dans la Stratégie Régionale de la Biodiversité.

Mieux connaître pour mieux protéger

Il y a en France et en Grand Est un manque d’information sur l’état des lieux des pollinisateurs car les connaissances sont variables selon les espèces et les territoires. Il faut donc poursuivre et engager de nouvelles études, suivis ou programmes de sciences participatives qui permettent de réunir sur un temps court un très grand nombre de données au service de la sauvegarde de la biodiversité.

Actualité : Participez à une initiative régionale pour accroitre la connaissance sur les Bourdons : Atlas des bourdons

 

Quelques projets en Grand Est !

Pour en savoir plus…

Des acteurs engagés au niveau national…et régional

Société Lorraine d'Entomologie (SLE)


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Laboratoire agronomie et environnement


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Collectif Abeilles Lorraine


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Groupe Bourdons Grand Est


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