L’Œdicnème criard, sentinelle discrète de nos écosystèmes agricoles
© Baptiste BOUZENARD
L’Œdicnème criard n’est pas l’oiseau le plus connu du grand public… et pourtant ! Originaire des steppes, ce drôle de limicole terrestre s’est adapté depuis longtemps aux grandes plaines agricoles. Comme beaucoup d’oiseaux inféodés aux milieux agricoles, il souffre notamment de la diminution de ses ressources alimentaires et de la transformation des paysages. Aujourd’hui, l’espèce est en déclin en France comme en Europe.
Dans l’Aube : une étude pour mieux connaître l’Œdicnème criard
© Baptiste BOUZENARD
Pour mieux comprendre les mécanismes qui régissent la dynamique de cette espèce protégée d’intérêt communautaire, la Fédération Départementale des Chasseurs de l’Aube (FDC10) a lancé une étude scientifique d’envergure avec le soutien du Groupement d’Étude et de Protection de l’Œdicnème criard (GEPOC) et le Laboratoire des Pyrénées et des Landes.
Lauréate de l’appel à projets 2024 de la Fondation François Sommer, cette étude se concentre sur le site Natura 2000 « Marigny, Superbe, Vallée de l’Aube » étendu à 7 500 hectares, et incluant la vallée, la plaine alluviale de l’Aube et les grandes cultures de la Champagne crayeuse.
L’objectif de cette étude est de comprendre comment l’Œdicnème criard vit, se nourrit et se reproduit dans cet environnement… et comment les pratiques agricoles au sein d’un site Natura et hors site Natura influencent ces paramètres.
L’étude s’articule autour de deux axes : un suivi mensuel des populations nicheuses (localisation des nids, baguage, pose de balises GPS), et une analyse du régime alimentaire via des pièges à insectes et l’étude des fientes par métabarcoding (technique d’extraction de l’ADN). Elle prend appui sur une coopération renforcée avec les agriculteurs, facteur clé de réussite du projet. Dialogue de terrain et actions simples, réalisées au bon moment, permettent de concilier agriculture et préservation de l’espèce, en particulier des nichées, construites au sol.
☝️ Cette étude a été lancée au printemps 2025 et prendra fin début 2028. Elle est financée par la Fondation François Sommer, la Région Grand Est et la Fédération départementale des chasseurs de l’Aube.
En Alsace : agir ensemble pour protéger l’espèce
La Zone de Protection Spéciale (ZPS) de la « Zone agricole de la Hardt », située entre Colmar et la bande rhénane, doit son nom à son sol caillouteux, marqué par les gravillons déposés dans cet ancien lit du Rhin. Cette plaine steppique, qui ne donnait lieu qu’à un peu de pâturage jusqu’à la révolution agricole, abrite aujourd’hui le dernier noyau de la population d’Œdicnèmes criards en Alsace.
Animatrice du site Natura 2000 depuis 2021, la Communauté de communes Alsace Rhin Brisach, en partenariat avec la LPO Alsace, propose aux agriculteurs, sur la base du volontariat, des actions pour protéger l’Œdicnème criard comme le contournement des nids et potentiellement la mise en place de couverts d’intérêt faunistique et floristique entre les cultures par le biais de Mesures agroenvironnementales et Climatiques (MAEC).
Des actions de sensibilisation sont également organisées sur le territoire à l’image de la sortie nature du 6 octobre dernier qui s’est déroulée en présence d’élus locaux et de Christèle Lehry, conseillère régionale. Les participant ont pu observer le dernier rassemblement post-nuptial présent dans la ZPS, rassemblement qui précède la migration.
Depuis plus de 15 ans, La LPO Alsace œuvre à la protection de l’Œdicnèmes criard au sein de la zone Natura 2000. C’est en 2023 qu’elle rejoint le Programme National Collaboratif (PNC) Œdicnème criard, permettant d’appliquer un protocole de suivi hebdomadaire des couples et la pose de balises GPS/GSM. Grâce à ce programme, 10 balises ont déjà pu être posées, permettant de mieux appréhender l’utilisation de l’espace par l’espèce et d’améliorer les propositions d’actions pour sa conservation.
En complément, ces balises GPS/GSM ont révélé des échanges transfrontaliers : certains individus bagués en France se nourrissent, voire nidifient, en Allemagne.
Pour renforcer cette dynamique, une rencontre transfrontalière est prévue en 2026 entre le Regierungspräsidium Freiburg, la Communauté de communes et la LPO Alsace, afin de partager les connaissances et explorer des pistes de coopération pour la préservation de l’espèce dans la région du Rhin supérieur.




